Au début de ses turpitudes, cela semble si loin dans les limbes de la déshérence, Nicolas Sarkozy avait déjà tenté de restaurer sa crédibilité, déjà vacillante, de chef de l'Etat en imposant la lecture de la superbe lettre de Guy Môquet, résistant fusillé à 17 ans en 1941, dans les établissements scolaires le 22 octobre, jour anniversaire du supplice du jeune homme.
On vit même un sélectionneur national de rugby se ridiculiser, et probablement participer au trouble émotionnel de ses joueurs, en faisant lire la missive en prélude à un match de coupe du monde ! Match qui fut perdu, mais Laporte (le gugusse en question) y gagna l'oscar de la flagornerie sarkozienne, entra au gouvernement par la petite porte et, conformément à son patronyme, en franchit rapidement le seuil en sens inverse sans laisser de traces impérissables dans son bilan.
Sarkozy avait aussi souhaité que chaque petite écolière, chaque petit écolier de France et de Navarre soit la marraine ou le parrain d'un enfant juif déporté : lourde charge émotionnelle que le devoir de mémoire ne pouvait justifier mais qui satisfaisait l'accro au sensationnalisme bling-bling.
L'affreux récidive, sans doute pour reprendre la main sur le terrain de l'unité nationale, en proposant de faire du 11 novembre la journée commémorative des soldats morts pour la France, quels que soient les théâtres d'opérations ou conflits concernés.
Encore précise-t-il qu'aucune commémoration actuelle ne sera supprimée. Il a dû se rappeler (ou on a dû le faire pour lui car la culture n'est pas intensive chez lui) que Giscard avait payé assez chèrement l'abandon du 8 mai 1945.
Donc, le roitelet l'ayant décidé, le 11 novembre sera la journée dédiée à toutes celles et tous ceux tombés au champ d'honneur sous les couleurs de la France.
On peut déjà se poser la question de l'opportunité d'une telle décision : pourquoi 6 mois à peine avant, sans doute, de devoir quitter l'Elysée sous les huées de la défaite méritée ?
Connaissant l'impudeur sans borne du bonhomme, on peut légitimement suspecter une bonne escroquerie politique aux vertus apaisantes en ces temps de souffrances… Certains faisaient voter les morts, lui n'hésite pas à les convoquer, à défaut de les invoquer, pour mieux ravauder sa pèlerine mitée de Président de toutes les Françaises et tous les Français.
Au surplus, pourquoi ne pas intégrer le souvenir de nos glorieux compatriotes victimes du devoir dans cette célébration nationale qu'est le 14 juillet, fête de la Nation ? Voici une date qui aurait du sens !
Ce fait du prince amorce la boucle finale pour celui qui se voulait le chantre de la rupture : commencé dans l'indécence d'une exploitation politique de l'écrit d'un adolescent, se sachant mourant, à ses parents et à son frère, ce quinquennat s'achève dans l'abus tout aussi glauque de l'histoire collective aux seules fins politiciennes.
Fichez la paix aux disparu(e)s monsieur Sarkozy, vous êtes déjà bien assez nuisible pour les vivant(e)s !
(A lire sur le fond musical de "El condor pasa")
RépondreSupprimerL'analyse est juste, le ton est bon, mais pourquoi dépenser tant de qualités pour commenter les turpitudes de la vie élyséenne : l'homme concerné est condamné (oui, je sais : ça fait beaucoup de "con" mais tous n'y sont pas) à s'agiter pour exister.