mercredi 9 novembre 2011

Une certaine idée de la France

Charles de Gaulle
22 novembre 1890 - 9 novembre 1970

Le 9 novembre 1970, Charles de Gaulle, le militaire rebelle au déshonneur, le fondateur de notre régime actuel, la Ve République, s'effondrait victime d'une rupture d'anévrisme ; le chêne était abattu, selon la très émouvante image due à son ami André Malraux, et les 80 années consacrées à l'amour impérieux que le grand homme portait à son pays s'achevaient en ce début de soirée d'une froide journée d'automne.

Bien plus qu'un exemple, dont la valeur est certes toute relative pour les nouvelles générations, l'homme d'Etat appartient surtout à notre Histoire, notre passé fait de gloire mais aussi de moments douloureux. L'idée fondamentale qui a accompagné toute sa vie d'homme public, l'indépendance nationale, est toujours d'une évidente actualité.

Cette indépendance nationale se déclinait naturellement sur le plan international avec la reconnaissance de la Chine Populaire dès 1964, le discours de Phnom Pen en 1966, le retrait du commandement intégré de l'OTAN et de ses troupes du territoire et l'appui sans réserve à l'administration Kennedy lors de l'affaire des missiles de Cuba.


Il refusait cependant de voir l'Europe dériver vers une alliance à vocation purement libre-échangiste et à l'inspiration essentiellement atlantiste avec son opposition à l'entrée du Royaume Uni, etc.). Cette indépendance trouvait aussi sa traduction dans la mise en place d'institutions fortes, s'articulant autour de la personne du chef de l'Etat.

La modernité de sa pensée était telle qu'il proposa au Peuple dès 1969 une organisation différente de notre territoire avec l'introduction de la régionalisation, preuve que l'homme, contrairement aux idées reçues, n'avait pas une conception purement colbertiste de l'Etat. Cette avancée majeure fut malheureusement rejetée par voie de référendum. La gauche, qui avait prôné le "non" politique lors de cette consultation, repris la plus grande partie du projet... avec 13 ans de retard !

Mais c'est également sur le terrain économique que l'Homme du 18 juin et de la Ve République voyait la source de l'indépendance nationale. Convaincu qu'une troisième voie, entre capitalisme et communisme, était possible, nécessaire et vitale pour assurer à la fois l'efficacité économique et la cohésion sociale, le général de Gaulle s'efforça de la mettre en œuvre en s'appuyant sur des personnalités telles que Louis Vallon, René Capitan, Jean-Marcel Jeanneney, Yvon Morandat et bien d'autres. Cette idée forte de l'association du capital et du travail était bien trop "révolutionnaire" pour la majeure partie de la majorité parlementaire d'alors, qui ne fut pas pour rien dans l'échec du référendum du 27 avril 1969 (je pense en particulier aux Républicains Indépendants de Valery Giscard d'Estaing mais aussi à l'entourage très conservateur de Georges Pompidou).

La modernité et la présence constante de l'apport du général de Gaulle dans notre société doit donc se mesurer à l'aune de cette idée d'indépendance nationale qui s'étend aux politiques étrangère, institutionnelle et économique : c'est cet ensemble qui assure la cohérence et la pertinence du gaullisme. C'est cet ensemble mis à mal par l'actuel pouvoir qui nous précipite dans l'aventurisme. Cet idéal salvateur de l'indépendance peut, et doit, même s'appliquer à la construction de la Communauté européenne !

Lorsque le Général de Gaulle reprend les rênes en juin 1958, le traité de Rome a déjà plus d'un an, la CECA presque dix ans ; il n'a jamais été question pour lui de quitter des instances qui pouvaient être qualifiées de supranationales dans leur potentiel d'évolution. Mais dans son esprit il n'a jamais été question que cette construction se fit aux dépends des Etats et pour les seuls profits des marchands !

Adenauer - De Gaulle
Bien au contraire, il a poursuivi le développement de la coopération européenne avec une mention particulière sur l'axe Paris / Bonn qui a culminé avec la signature du traité de l'Elysée en 1963. Ce traité fut en partie vidé de sa substance à cause d'un préambule imposé au Chancelier Konrad Adenauer par la frange la plus atlantiste de sa majorité CDU/CSU, en particulier sous l'impulsion de son ministre de l'Economie, qui devait lui succéder au poste de chancelier fédéral, Ludwig Erhard. Le remplacement d'Adenauer par Erhard marqua une pause significative, de la part de Bonn, dans la poursuite d'une étroite coopération franco-allemande d'une part et d'autre part dans la poursuite de la construction européenne.

Le gaullisme n'est donc pas synonyme de repli sur soi ! Le général fut au contraire un chef d'Etat partout acclamé et respecté car porteur de ce message d'universalité, de respect du principe des peuples à disposer d'eux-mêmes et du libre choix de leur forme de développement et d'organisation. Ce qu'il demandait pour lui et son Peuple, il l'accordait assurément aux autres ! Quelle cruelle comparaison avec les palinodies internationales de son lointain successeur...

Une attitude de conviction si gaullienne !
Je perçois cette identité de la démarche, ce même esprit dans les interventions et les écrits de Dominique de Villepin. La volonté sans cesse réaffirmée de restaurer la grandeur de l'image du pays, de lui insuffler cette évidente confiance qui doit animer la marche de son destin, s'appuyant sur un Peuple rassemblé, de retrouver les ferments de son message universel de "Liberté, Egalité, Fraternité". Mais aussi la nécessité de faire entendre la voix du pays dans un concert international par trop secoué d'une cacophonie mondialiste, néolibérale et désespérément arc-boutée sur une fixation purement mercantile des rapports entre les Etats et entre les Peuples.

Ce n'est pas le souvenir de Charles de Gaulle qui doit seulement nous étreindre en ce jour anniversaire, c'est aussi et surtout l'ardente obligation de rendre au pays cette pensée si édifiante, cette pratique institutionnelle si respectueuse de la souveraineté populaire, cette attitude personnelle faite d'humilité dans le train de vie de l'individu et de grandeur raisonnée dans celui du chef de l'Etat, ce salutaire détachement par rapport aux choses de l'argent, cette constante volonté de placer la France aux avant-postes de l'Histoire.

Son comportement éthique, son sens de l'honneur, sa capacité inimaginable à anticiper les mutations, sa poursuite obstinée d'un cheminement original pour le pays, respectueux des valeurs portées par son histoire mais aussi conscient des nécessaires adaptations à un monde en perpétuel changement, sa recherche de l'union et du rassemblement lors des grandes fractures subies par le pays mais surtout son profond amour pour ce pays dont il se faisait "une certaine idée".

C'est tout cela qu'il nous faut conserver et entretenir précieusement, surtout dans ces moments où l'histoire, matière d'enseignement, est largement mise sous le boisseau par celles et ceux qui souffriraient d'une comparaison si cruelle... La parenthèse Sarkozy doit s'achever en 2012, celle du gaullisme doit s'ouvrir à nouveau !

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