samedi 12 novembre 2011

Villepin - Sarkozy : les liaisons pas si dangereuses

Sphère villepiniste, cénacle politique et aréopage médiatique bruissent des mêmes vents : Dominique de Villepin a rencontré, rencontre et rencontrera le Président de la République en titre, sinon en fonction, Nicolas Sarkozy. Et presque tous d'entonner "Ah ça ira, à la Lanterne on l'y prendra".

L'aimable volatile du mercredi nous informe même que la circonscription de représentant des Françaises et Français installés en Amérique du Nord serait gelée en vue d'être accordée à l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac… Qui peut ignorer le moindre penchant qu'il éprouve à l'égard de ce genre de mandat ? Pourquoi se satisfaire en 2012 d'une représentation qu'il avait négligée cinq ans auparavant ?

Gardons-nous de toute forme de naïveté !

La politique ne se fait pas qu'avec des bons sentiments. Elle exige son lot de roueries, manœuvres plus ou moins avouables et compromis, tout l'art étant de n'y pas ajouter l'ultime syllabe dégradante.

Dominique de Villepin pourrait-il en toute conscience et honnêteté intellectuelle prôner l'union, le rassemblement et une vision de l'action politique s'affranchissant des vieux réflexes partisans et dans le même temps refuser d'être consulté sur les grands dossiers internationaux qui agitent la planète ?

Ces rencontres affectent-elles la lucidité de celui qui ne cesse depuis mai 2007 de nous alerter sur les dérives insensées d'une gouvernance incohérente et mortifère pour les fondements de notre république ?

Comme si Dominique de Villepin pouvait espérer, comme par osmose, tel un Midas moderne, changer le politicien en homme d'Etat ! Et penser que le Sarkozy nouveau, touché par quelque grâce divine, pourrait faire sien le projet alternatif et novateur du fondateur de République Solidaire et placer un éventuel second quinquennat sous le signe de l'intérêt général et du renouveau, est une vue de l'esprit ! Or Dominique de Villepin est un historien, intellectuel pragmatique, et pas un auteur de science-fiction...

Car telle est bien la triste réalité avec laquelle nous devons composer pendant quelques mois encore. Nicolas Sarkozy, doté d'une réelle intelligence politique, capable d'ouverture d'esprit aura transformé ses qualités en défauts et aura poussé ces derniers à leur paroxysme : ambitieux jusqu'à l'arrivisme, énergique jusqu'à l'activisme brouillon, méfiant jusqu'à la paranoïa, combatif jusqu'à la hargne, retors jusqu'à la malhonnêteté, populiste jusqu'à la démagogie.

Il lui aura manqué, il lui manque et il lui manquera toujours pour être un président, d'une part, cette nécessaire pondération que caractérisent l'estime de soi, donc des autres, et une confiance sereine en son destin et, d'autre part, un entourage susceptible de modérer ses pires ardeurs. Tout changement notifié par ses porte-flingues ou par lui-même ne serait qu'enfumage et mauvais ragoût politicien. Tout le reste n'est que balivernes : l'individu est inepte et inapte à la fonction !

Mais l'avenir du pays commande un certain réalisme : Dominique de Villepin ne pourra jamais espérer être élu sans la passivité du sortant et de ses sbires à son égard. Et je ne parle même pas de bienveillance, ni a fortiori de soutien affirmé, en vue de permettre au pays de sortir de cette ornière ; ce serait prêter à l'actuel locataire de l'Elysée des vertus dont il est totalement dénué…

Il faut donc un solide sens tactique à Dominique de Villepin : ménager le sortant, tout en gardant à l'esprit que le bonhomme peut retrouver ses penchants naturels, maintenir les contacts avec l'aile la moins conservatrice du mouvement UMP et élargir la base des contacts en poursuivant ses relations avec telle ou telle individualité.

Cela signifie aussi que ses fidèles soutiens, ceux des premiers jours de son aventure commencée en 2009, fassent confiance à l'homme d'Etat Dominique de Villepin sans barguigner et sans désemparer. Mais de cela, il ne peut être que le spectateur impuissant : ne sont convaincus que celles et ceux qui veulent bien l'être…

2 commentaires:

  1. A celles et ceux qui douteraient de la conviction de Dominique de Villepin face à un pouvoir assiégé, je renvoie à ce passage du "Cri de la gargouille (Dominique de Villepin, Albin Michel - 2002, page182) :

    "Comme en 1788 ou au début de 1848, nous sommes au pied du mur : aggravations des inégalités dès l'école, flambée de la violence, épuisement des finances publiques, climat délétère. Face aux mécontentements, une génération politique s'essouffle aux jeux des partis, des médias, de la Cour. Tout craque et se disjoint, pays légal et pays réel, le peuple et sa représentation."

    Ce texte est écrit en 2002 !

    Hallucinante description datant de près de dix ans d'une situation éminemment actuelle ! Depuis 2002 se succèdent, l'immobilisme de notable des années Raffarin, l'élan novateur d'un gouvernement Villepin vite brisé par le conservatisme d'une majorité frileuse et les trahisons internes puis la politique réactionnaire d'un Sarkozy défenseur des intérêts d'une seule classe, fossoyeur des idéaux républicains et vecteur des idées venues de l'étranger.

    Ces dix années sont celles du renforcement de cette tendance lourde décrite par Dominique de Villepin. Comment celui qui en pourfend les travers pourrait rendre l'hommage à celui qui en a accéléré le processus ?

    Je trouve personnellement que ce "Cri de la gargouille" aurait pu, aurait dû être la feuille de route d'un second mandat Chirac, aurait pu, aurait dû constituer les prolégomènes d'une présidence Villepin en 2007. Il demeure, dix ans après, d'une étonnante actualité, tant dans ses constats que dans les solutions qu'il laisse apercevoir.

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  2. On pourra toujours dire que si Villepin n'est pas élu en 2012 la faute en reviendra à la bande umpiste de Sarkozy.

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