L'€uro est essentiellement né de la convergence des volontés politiques du couple franco-allemand qui n'avaient qu'un lointain rapport avec les nécessaires présupposés économiques d'une monnaie commune ! A maints égards, dès le départ, le ver était dans le fruit…
En ce début de décennie 90, Helmut Kohl n'a qu'une obsession : réussir la réunification de la République fédérale d'Allemagne, dont il est le chancelier, et de la République Démocratique Allemande.
Il sait que l'Union Soviétique de Mikhaïl Gorbatchev voit d'un mauvais œil cette fusion des deux Allemagne mais la situation économique de l'ours russe est pitoyable ; l'ouverture du robinet à Deutsche Mark éteindra les réticences du plantigrade.
La britannique Margaret Thatcher est également très opposée à l'objectif du cabinet de Bonn ; son propre parti se chargera de la débarquer du 10 Downing street à la fin de 1990.
Le français François Mitterrand, sans sauter de joie à l'idée d'un voisin devenant aussi puissant, ne partage pas totalement les opinions de la Dame de fer. Il sait la France confrontée à une situation financière dégradée qui ne peut qu'entraîner le franc dans la spirale des dévaluations, situation vécue déjà 10 ans auparavant. Et il se méfie aussi d'une Allemagne réunifiée qui serait tentée par le cavalier seul.
Le "deal" va donc être "Je te soutiens dans ta démarche de réunification et tu fonds ton Deutsch Mark dans une monnaie unique qui permettra à l'économie française de se débarrasser des problèmes récurrents de parité". Les standards financiers qui sont en général à l'origine de la mise au point d'une monnaie commune n'étaient pas vraiment au rendez-vous…
Cette ambiguïté originelle va en outre être amplifiée au fil des années par l'agrégation de pays dont les économies n'avaient, en-dehors de la même appartenance à une portion géographique donnée, que fort peu de points communs avec les 11 nations membres à l'origine de la zone euro. Si l'Allemagne, l'Autriche, le Belgique, l'Espagne, la Finlande, la France, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Portugal pouvaient se prévaloir d'une certaine cohérence, comment les adhésions de la Grèce (2001), de la Slovénie (2007), de Chypre et Malte (2008), de la Slovaquie (2009) et de l'Estonie (2011) pouvaient-elles s'inscrire logiquement dans un tel ensemble ?
Circonstance aggravantes, la création de la monnaie unique s'est révélée contemporaine de la généralisation de ce vaste mouvement libre-échangiste que l'on nomme mondialisation mais qui, s'accompagnant de rigidités idéologiques ultralibérales, est devenu globalisation.
Or toutes les tentatives réussies de monnaie commune (dollar des Etats-Unis en 1792 et Mark de l'Allemagne bismarckienne en 1873) se sont toujours accompagnées de la mise en place de mesures protectionnistes visant à assurer la solidité de l'ensemble. Sas de sécurité qui fut interdit par la création de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), née en 1995, deux années après seulement que le principe d'une monnaie européenne commune fut acté.
Ultime cerise piquée sur la galette de l'€uro, les règles de financement des Etats, les obligeant à recourir à l'emprunt auprès des marchés financiers privés, et l'incohérence des choix politiques des 11 membres de la zone euro vont amener ces nations à s'engouffrer dans deux types de politique économique parfaitement antinomiques : la croissance soutenue par l'endettement (grosso modo Europe du Sud) et la rigueur budgétaire couplée à des excédents commerciaux (Allemagne et pays du Nord). La timide convergence de départ entre les 11 va se fracasser sur cette divergence.
Et l'incurie des dirigeants européens, tant de la Commission que des financiers de la BCE, va amplifier cet état de fait en ne parvenant pas à proposer la moindre politique de croissance au niveau de la zone.
Mais dédouaner la responsabilité de nos actuels gouvernants hexagonaux en mettant les difficultés sur le dos de la crise ou des prédécesseurs serait tout de même malhonnête ! Dès 2007, le fraîchement nommé à Matignon François Fillon n'évoquait-il pas l'état de faillite du pays ? Les problèmes étaient connus à défaut d'avoir été corrigés en temps et en heure... Ses gouvernements successifs ont ouvert en grand les robinets et ont creusé encore davantage les déficits.
La chaîne des responsabilités est donc bien longue, remonte aux origines de la création de l'€uro, et se poursuit de nos jours avec l'incapacité de nos gouvernants à se dégager du corset d'une financiarisation paralysant les actes de gouvernement.
Enfin, ultime utilité d'un outil à l'échec annoncé, servir d'alibi pour conduire à marche forcée vers une intégration budgétaire s'imposant aux souverainetés nationales, et donc à leur avenir puisque sans marge de manœuvre économique comment l'histoire individuelle des nations membres de l'Europe pourrait-elle se poursuivre ?
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