En observant les aléas électoraux des grandes consultations (présidentielles et législatives) de notre vie politique sous la République actuelle, force est de constater que la longue durée de 5 années sans ces échéances majeures s'est rarement produite.
En 1981/1986 et 1988/1993 ce quinquennat sans recours intermédiaire au Peuple souverain se traduira pas une défaite (que l'on peut même qualifier de cinglante en 1993) pour la majorité socialiste sortante. Encore que ces deux dates, 1986 et 1993, n'incluaient pas de rendez-vous présidentiel (1988 et 1995).
2007 est sans aucun doute à mettre à part tant la désorganisation orchestrée du camp majoritaire avait préparé le terrain d'une candidature opportuniste.
Le sortant, Jacques Chirac, ne se représentait pas, les années 2002 / 2007 avaient vu deux hommes se succéder à Matignon et le gouvernement de Dominique de Villepin pouvait présenter un bilan notablement amélioré sur le terrain des finances publiques.
Le champ des candidats potentiels s'était réduit au gré des éliminations successives. Le dauphin désigné, Alain Juppé, avait vu ses chances ruinées par une condamnation et son exil canadien l'éloignait du combat. Philippe Séguin, héritier naturel d'une composante gaulliste intransigeante sur l'indépendance nationale et la recherche permanente d'une troisième voie sociale, s'était embourbé dans la malheureuse aventure parisienne et avait trouvé une position de repli à la Cour des Comptes. Les jeunes barons du Chiraquisme n'avaient pas encore atteint la notoriété requise ou, à l'instar d'un Hervé Gaymard s'abîmant dans une maladroite affaire montée en épingle par des fuites opportunément émises de son propre ministère, avaient été carbonisées par les manœuvres sournoises d'un "compagnon" en embuscade, Nicolas Sarkozy.
Ce dernier bénéficiait donc d'une image de membre d'un gouvernement qui n'avait pas à rougir de ses résultats (par parenthèses, c'est bien le front dudit candidat qui aurait dû rougir de honte tant ses efforts pour ruiner les actions de l'équipe dont il faisait partie étaient constants, sur la scène internationale comme à l'intérieur de l'hexagone…). Sans bilan à défendre, ou pire, comme en mai prochain, sans passif à traîner, le ministre de l'Intérieur / Président de l'UMP fut donc élu.
Mais sa lecture de notre loi fondamentale a été pour le moins partielle, ou trop rapide, ou carrément inexistante. Il avait dû confondre Constitution et Princesse de Clèves, Charles de Gaulle et Marie-Madeleine de La Fayette...
Endossant tour à tour les habits présidentiels, premier ministériel, ministériels voire même ceux d'un simple secrétaire d'Etat, Nicolas Sarkozy n'a jamais su faire la différence entre l'activisme effréné d'un titulaire de maroquin et la sérénité d'un chef de l'Etat assumant son rôle de Président de la République, de toutes les Françaises et de tous les Français. On le vit même souiller le seuil de notre maison commune, l'Elysée, en y recevant le père d'une victime qui se révéla lui-même, quelques semaines plus tard, bourreau dans une autre affaire de mœurs…
Durant ces 5 années il n'envisagea pas un seul instant de ressourcer sa légitimité en usant du référendum (tel un de ses prédécesseurs, Valéry Giscard d'Estaing, qui fut d'ailleurs le seul Président sortant à ce jour à rater la réélection…) Les sujets ne manquaient cependant pas, comme, par exemple, une ratification populaire du Traité de Lisbonne !
Bien pire, il assista, impuissant, aux défaites successives d'une formation, l'UMP, totalement assimilée à ses actions délétères : européennes, municipales, régionales, cantonales, sénatoriales, tous les rendez-vous locaux furent marqués par un sévère désaveu de la politique menée.
Cerise piquée sur un gâteau rassis, le poste de Premier ministre fut constamment confié au même François Fillon tandis que l'instabilité ministérielle atteignait des proportions comparables à celles connues sous les deux régimes précédents (4 ministres de la Défense, 3 locataires au Quai d'Orsay, 3 au Budget, 5 éminences en charge des Affaires européennes, etc.).
Cinq années d'une politique d'alignement aux thèses étrangères, de casse de notre modèle républicain, de décisions visant à assurer le maintien des privilèges, sans volonté de s'alimenter à la source naturelle de la légitimité, sans changement de la tête du gouvernement, sans leçons tirées des échecs électoraux successifs : la liste est longue des insuffisances, elle est même interminable !
Que le sortant ne se fasse pas d'illusion : en mai 2012 il court le risque grandissant de ne pas dépasser l'étape du premier tour, une première sous la Ve, et n'a strictement aucune chance de signer un second bail pour le 55 rue du Faubourg-St-Honoré ! Il fut un Président-ministre, il est aujourd'hui un Président-candidat, aux frais des contribuables ; il ne fut jamais le Président de la République qui nous est dû ! Quant à ses soutiens estampillés UMP, ils recevront une fessée similaire à celle infligée à la majorité sortante lors des législatives de 1993.
L'unique porte de sortie qui reste à Sarkozy, et à la formation qui lui est accolée, serait de ne pas solliciter cette confiance du Peuple dont il a démontré depuis 5 ans qu'il en redoutait l'expression...
L'unique porte de sortie qui reste à Sarkozy, et à la formation qui lui est accolée, serait de ne pas solliciter cette confiance du Peuple dont il a démontré depuis 5 ans qu'il en redoutait l'expression...
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