Je
devais ce matin envoyer un colis. Je me rendais donc à la Poste de la commune
voisine de la mienne afin d'y déposer le paquet. L'agence de la vénérable
maison étant en travaux, les opérations se faisaient sur le côté du bâtiment,
de l'extérieur, grande fenêtre ouverte (ce qui en Savoie à cette époque n'est
pas vraiment synonyme de douceur ouatée). Pendant que je remplissais le
bordereau du recommandé, j'entendais une voix qui égrenait une liste dont les
éléments se terminaient par une durée : "lettre recommandée, une minute
trente ; dépôt d'un colis simple, une minute trente ; dépôt d'un colis
recommandé, une minute quarante-cinq" ; etc.
Je me penchais donc pour
mieux voir la scène et je vis ce que je supposais être madame la Receveuse en train de lire,
devant une escouade de factrices et facteurs attentifs, ce qui semblait
provenir d'une note de service.
Incrédule, je demandais alors à la préposée qui
s'occupait de moi : "Rassurez-moi, nos glorieux technocrates n'en sont pas
venus à minuter, étape par étape, le contenu de la tournée de remise du
courrier ?".
Hé bien si !
Cela m'a fait me souvenir des paroles de
Dominique de Villepin prononcées hier sur la nécessaire cohésion que le service
public se devait d'assurer mais aussi sur la sortie tonitruante de feu Philippe
Séguin qui s'emportait contre celles et ceux voulant accoler rentabilité et
missions ayant l'honneur de servir l'intérêt général…
Pour mieux gaver
l'actionnaire (en l'espèce, et c'est ce qui est tout de même le plus navrant, l'Etat lui-même…)
et lui assurer sa rente indue parce qu'exorbitante (comment une croissance
atone peut-elle espérer maintenir des taux de retour à deux chiffres sur cet investissement
inerte qu'est la possession, parfois très éphémère, d'un bout de titre de
propriété ? mystère…) nous en sommes à codifier le temps mis pour déposer (vu
le temps imparti, ce sera bientôt le verbe "jeter" dont il faudra
user) tel ou tel type de missives !
Les auteurs de cette affligeante note de
service ont-ils conscience que pour maintes personnes, âgées ou vivant dans des
endroits reculés ou malades ou bien à la mobilité réduite, ce moment de rencontre avec
la personne chargée de leur délivrer lettres et paquets est probablement
un espace privilégié dans leur journée, le seul où elles verront âme qui vive ?
Quel est ce monde aseptisé, codifié, corseté dans ses rapports sociaux vers lequel nous allons à bride abattue dans l'unique but de satisfaire les contraintes incohérentes d'un système devenu fou d'accumulations délirantes ?
Au fait, pour un simple
"bonjour" combien de secondes prévues ? Et le chronomètre est fourni
?
Je me suis moi aussi rendu à la poste, hier, afin d'effectuer un envoi Western Union vers l'Afrique. Je déteste Western Union, qui profite de la misère du monde pour s'enrichir, grâce à des commissions démesurées sur chaque opération. Or, ceux à qui on envoie de l'argent par leur intermédiaire sont généralement trop démunis ou trop éloignés des grands centres pour pouvoir disposer d'un compte en banque. Western Union est donc en situation de quasi monopole pour ce qui est des transferts d'argents vers les plus déshérités. J'ai malheureusement souvent recours à cette société pour acheminer de l'argent vers des pays tels que le Congo/Zaïre ou l'Ouganda. L'opération nécessitant chaque fois un bon quart d'heure, je me rends toujours à la poste avec un bon livre, afin de patienter. Hier, tandis que le postier s'appliquait à entrer codes et données dans l'ordinateur, j'étais plongé dans "Villepin le cauchemar de Sarkozy", de Desjardins. Une fois la monnaie rendue, alors que je m'apprêtais à prendre courtoisement congé du diligent fonctionnaire, ce dernier me lança: "Il veut nous mettre à 37 heures, sans augmentation de salaire, bien sûr!" Un court instant interloqué, je réalisais vite que le brave homme parlait de Dominique de Villepin. Visiblement, tout ce qu'il avait retenu du programme de ce candidat était sa proposition de passer de 35 à 37 heures de travail hebdomadaire. Je suppose qu'il n'est pas le seul dans ce cas. A méditer, non?
RépondreSupprimerOui Hervé à méditer et cela doit nous encourager à pratiquer la pédagogie, dont ont dit que c'est l'art de la répétition... J'admets que pour beaucoup de gens ce nouvel appel à l'effort après tant d'autres qui se sont révélés vains, parce que dévoyés par des pratiques de gestion incohérentes (dépenses somptuaires, train de vie éhonté de l'Etat et des élu(e)s, gabegie dans les dépenses, incohérence des politiques suivies, etc.) peut sembler insupportable ! Mais c'est malheureusement inéluctable... Et ces efforts seront d'autant mieux acceptés qu'ils seront frappés du sceau de la justice sociale, concept fondateur de la République largement abandonné depuis ces 5 dernières années...
SupprimerMerci pour ce billet.Effectivement, on assiste incrédules à une déshumanisation progressive des services à visée "d' intérêt général" par l'introduction de ce type de fonctionnement.
RépondreSupprimerLa résistance débute , ici, par la
dénonciation.
Malya Fares
Eh oui Hervé, et moi retraité, comme beaucoup d'autres, qui n'avons jamais fait moins de 60 heures par semaines, on voudrait nous prendre le peu que nous avons mis de côté pour faire face à une vieillesse qui pourrait être difficile. Il y a 35 ans , j'habitai dans un petit village de l'Aisne de 300 habitants. La poste a été fermé , 3 jours après le postier et décédé. Il y avait encore une école, une épicerie,deux cafés. Aujourd'hui, plus rien. Quelle entreprise viendra s'installer dans un endroit ou les cadres auront des difficultés avec la scolarité de leurs enfants. On a désertifié les campagnes au profits des villes . Il ne fait pas bon à l'heure actuelle d'être cardiaque à la campagne, quand on sait qu'en cas d'infarctus , c'est une question de minutes, de secondes .
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