"Délivrez-nous de la France" - Hervé Gaymard,
Plon (15€)
Ce samedi 21 janvier une des plus
grandes librairies chambériennes accueillait l'ancien ministre de Jacques
Chirac, Hervé Gaymard à l'occasion de la parution de son
dernier ouvrage "Délivrez-nous de la France". Le titre
peut sembler iconoclaste, volontiers provocateur à moins de 100 jours d'une
échéance électorale majeure ! Le Président du Conseil général de la Savoie s'en
est expliqué durant une heure avant de sacrifier à la tradition des dédicaces.
Souriant, en blazer et chemise col ouvert, détendu, le patron du département va
décrypter cette analyse qu'il fait de la situation présente et proposer sa
vision d'un avenir qu'il veut, malgré tout, optimiste. Les références au Général
de Gaulle, à l'historien Marc Bloch ou aux cinéastes Jean
Renoir et Claude Sautet lui servent à illustrer ses
propos.
L'ouvrage s'articule en cinq parties, que l'auteur, amateur de bon café,
présente comme autant d'expressos, encadrés par une introduction et une
conclusion. Et effectivement les chapitres sont bien comme le "petit
noir" cher aux amateurs de coups de fouet matinaux. Le style est très
imagé, l'écriture est belle, très littéraire et les 135 pages s'avalent sans
peine, toutes qualités qui se rencontrent hélas trop rarement dans un livre
écrit par un politique !
L'ancien ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie évoque bien
entendu les circonstances de son départ du gouvernement Raffarin en janvier
2005 à peine 3 mois après sa nomination à Bercy. Le montagnard utilise la
représentation de l'avalanche pour en décrire les inexorables effets.
Parfaitement conscient et lucide quant aux causes de sa démission, l'homme
public assumera sa maladresse jusque et y compris dans le remboursement
intégral des sommes engagées par l'Etat sans que rien ne l'y obligea,
ici aussi pratique républicaine trop rarement rencontrée, comme l'avait
d'ailleurs reconnu à l'époque le journal "Libération" pourtant
peu suspect de sympathie envers l'ex-membre du gouvernement.
C'est cet incident de parcours qui a conduit l'homme politique blessé à s'interroger
sur le sens et l'essence de notre démocratie, sur le sens et l'essence de son
propre cheminement en son sein.
Ministre en exercice, il convient volontiers que les journalistes, tout en
appréciant la compagnie de l'homme, le trouvaient frustrant : pas de
confidences sur les scénettes du Conseil des ministres, pas de flèches
décrochées à l'encontre de tel(le) ou tel(le), collègue de parti ou
opposant, l'homme était très avare de ces petites pépites qui font
vivre médiatiquement l'espace d'une chronique. Cette règle du jeu, chère à
Renoir, l'ancien poulain de Jacques Chirac ne la fait pas sienne : le
silence a aussi ses vertus. D'actuelles éminences feraient bien d'en user…
A l'instar du citoyen éclairé, l'homme politique doit être libre, en pensée
comme dans sa sphère privée, libre au point d'affirmer préférer, comme nous le
révèle Hervé Gaymard, son amour aux femmes et hommes de la Commune de Paris
plutôt qu'aux Versaillais ! Confidence inattendue de la part d'un homme classé
"à droite".
Le député de la Savoie regrette que l'UMP, dont il fut l'un des fondateurs, se
soit sclérosée et ait perdu ce lien suprême avec la justice sociale : pour lui "le
pâté a réduit à la cuisson". On sent toute la déception que cette
richesse initiale des provenances se soit abîmée dans le conservatisme bon
teint, quand ce n'est pas dans la course à l'échalote aux extrêmes.
L'impénitent gaulliste qu'il demeure en appelle aux mânes du CNR, le Conseil
National de la Résistance, et se propose de lui redonner vie en substituant
le R de reconstruction à celui de résistance. Lorsque l'on se
souvient que le CNR fut l'organe politique le plus emblématique d'une France en
pleine décomposition, connaissant l'occupation et soumise à l'opprobre d'un
régime inique, l'on se dit que le député de la Savoie manie l'analogie en toute
connaissance de causes !
Car c'est aussi sur le rassemblement que l'élu du terroir fonde son optimisme
quant à notre capacité de rebondir. Tel Dominique de Villepin, il
soutient que quelques grandes thématiques unitaires (la dépendance des
personnes âgées, l'éducation, la recherche et l'innovation, une vraie politique
industrielle) peuvent réunir en s'affranchissant de tous les clivages
partisans attendus.
Le plaidoyer pour ce renouveau atteint son paroxysme lorsque l'auteur
lance un vibrant appel à la jeunesse, force vive du pays qui doit pouvoir
trouver toute sa place dans la vie de la Cité. Mais pour que l'avenir se
présente et que nous sachions le saisir, il faut nous déprendre de nos vieux
démons, l'envie, la méfiance envers la réussite, l'autoflagellation, voire même
l'autodestruction.
Il faut nous délivrer de cette France qui pratique la nostalgie de ce qui fut
pour savoir préparer les conditions de ce qui sera. Le titre de
l'ouvrage prend alors tout son sens : rassemblé, vigoureux, sans
esprit chicaneur ou querelleur, le pays a tous les atouts en main pour
conserver son rang au sein des nations. Pour qu'enfin cette France que l'on
aime, ses mandataires et ses enfants puissent délivrer ces actes porteurs
d'espoir !
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