La campagne électorale entre dans la dernière ligne droite
et elle avance toujours d'un morne pas, rythmée par des faits divers savamment montés
en épingle et dont on ne sait pas trop jusqu'à quel point ils n'ont pas été
volontairement orchestrés. Les 10 prétendants battent l'estrade et amusent,
désespèrent, intéressent ou indiffèrent les citoyennes et citoyens.
Le sortant, la cinquantaine un peu moins fringante, un peu
plus bedonnante, apparaît bien fatigué après 5 années passées à jouer tous les
rôles possibles, du novateur au diviseur, du président au secrétaire d'Etat, de
l'européen fervent au sourcilleux souverainiste, de l'instigateur du Grenelle
de l'environnement au fossoyeur des recommandations dudit cénacle, etc. L'homme
est vulgaire, atrabilaire, vibrionnant, paranoïaque et son honnêteté
intellectuelle est à géométrie variable : il est aussi taillé pour le rôle de
Président de toutes les Françaises et tous les Français que son "pote"
Gérard Depardieu pour interpréter celui du jeune premier malingre se mourant
d'amour pour sa belle.
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| 2007 / 12, la République souffre 2012 / 17, elle s'effondre ! |
L'homme est donc inapte à la fonction, il le prouve chaque
jour que dieu fait depuis mai 2007 ; soit ! Mais cela n'est pas le plus
important ; ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. La mission qui lui a
été confiée est bien de dynamiter notre modèle original d'organisation. Il
s'est donc attaqué, à l'aide de ses sbires, conscients ou inconscients des
enjeux, à la République Française en ruinant sournoisement ses soubassements.
Fracturant, divisant, montrant du doigt (et on en voit
encore les scories dans l'utilisation éhontée du binôme insécurité/islamisme
dans cette présidentielle), le bonhomme sait bien tous les effets pervers
qu'une telle attitude peut avoir sur le sentiment d'unité nationale et sur ce
superbe mot de fraternité qui orne le fronton de nos édifices publics. Une
nation s'éparpillant en chapelles irréductibles est un pays fragilisé,
incapable de réactions face aux dangers et peu à-même de trouver en elle les
ressorts du renouveau.
Bousculant les conventions sous couvert d'un changement
porteur de "rupture", il n'a pas hésité à détricoter le maillage de
notre unité nationale. La fainéantise est toujours du côté des assistés, les
chômeuses et chômeurs, les immigré(e)s qui viennent ruiner notre Sécurité
Sociale. L'incompétence vient s'accrocher aux basques des fonctionnaires qui ne
seraient là que pour vivre aux crochets d'un secteur privé productif et
efficace, à celles des magistrats qui viendraient défaire volontairement ce que
les policiers ont eu tant de mal à élaborer, des enseignants qui n'auraient
plus cette autorité morale dont seraient dépositaires les seuls hommes d'église
(catholique bien entendu), etc.
Cette entreprise de casse systématique des valeurs de la
société France se retrouve aussi dans la gestion totalement aberrante des
deniers publics ! Ouvrant ce quinquennat par les cadeaux fiscaux les plus
exorbitants pour les déjà fort bien nantis (près que quart du patrimoine est
détenu en France par 1% des ménages les plus riches…), les marges de manœuvres budgétaires
furent réduites à la portion congrue lorsque la crise fut venue. Mais l'affreux
n'en a cure : tel un Ronald Reagan assénant "l'Etat n'est pas la solution,
c'est le problème", toutes les attitudes du supposé chef de l'Etat ont
consisté à charger "la mule" (endettement public record de 1.700
milliards, déficit chronique des budgets et des balances commerciales) afin
d'accréditer l'idée qu'effectivement le problème c'est l'Etat !
Les services publics ont été constamment, consciemment et considérablement
gênés dans leur fonctionnement avec des budgets revus à la baisse, les effectifs
suivant la même pente, des bouleversements imposés à la hussarde sans
concertation ni préparation (réformes de la carte judiciaire, des retraites, etc.),
des réglementations tatillonnes provenant de la Commission de Bruxelles via la
RGPP (révision générale des politiques publiques), des contraintes tarifaires
orthogonales à l'idée même d'intérêt général (tarification à l'activité à
l'hôpital).
Tout a été fait pour installer le "bordel" avec,
en arrière-plan, et ce devrait être la seconde partie du plan, celle qui sera
mise en œuvre de 2012 à 2017, l'imposition au pays de cette doxa qui a pourtant
fait preuve de son inefficacité : transférer au privé ce que le public ne peut
plus faire (et pour cause, avec rien on ne peut pas faire grand-chose…) ! C'est l'objectif inavoué mais bien réel de l'horizon 2017.
Le second quinquennat sera donc celui de la privatisation de
tout ce qui peut encore l'être dans l'hexagone (santé, retraite, éducation,
etc.) et la poursuite de cette société de précarité dans laquelle une infime
partie pompe outrageusement les richesses créées par le plus grand nombre.
C'est un retour à l'Ancien régime qui nous est destiné avec son aristocratie
financière, ses apanages et baronnies et l'immense population des serfs,
taillables et corvéables à merci, nourrie à coups de matchs de foot et
d'émissions de télé-réalités bien abrutissants. Comme le disait feu Coluche :
nous serons tous égaux, mais certains le seront plus que d'autres… L'intérêt
général cède le pas aux intérêts très particuliers de l'oligarchie ; la Res
publica glisse vers la res privata.
En 2007, Nicolas Sarkozy voulait introduire le système de
notation des éminences ministérielles (aussi vite évoquée, aussi vite oubliée)
avec le sinistre Eric Besson dans le rôle du surveillant général : remettons à
l'honneur ce passage à la toise. Pour l'actuel locataire du 55, la seule note
qui vaille c'est le zéro pointé : c'est, encore, une liberté dont on peut se
prévaloir et qu'il nous faut exercer avec sagacité !

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