jeudi 5 avril 2012

2012, plus qu'un choix de personne, un choix de modèle


La campagne électorale entre dans la dernière ligne droite et elle avance toujours d'un morne pas, rythmée par des faits divers savamment montés en épingle et dont on ne sait pas trop jusqu'à quel point ils n'ont pas été volontairement orchestrés. Les 10 prétendants battent l'estrade et amusent, désespèrent, intéressent ou indiffèrent les citoyennes et citoyens.


Le sortant, la cinquantaine un peu moins fringante, un peu plus bedonnante, apparaît bien fatigué après 5 années passées à jouer tous les rôles possibles, du novateur au diviseur, du président au secrétaire d'Etat, de l'européen fervent au sourcilleux souverainiste, de l'instigateur du Grenelle de l'environnement au fossoyeur des recommandations dudit cénacle, etc. L'homme est vulgaire, atrabilaire, vibrionnant, paranoïaque et son honnêteté intellectuelle est à géométrie variable : il est aussi taillé pour le rôle de Président de toutes les Françaises et tous les Français que son "pote" Gérard Depardieu pour interpréter celui du jeune premier malingre se mourant d'amour pour sa belle.

2007 / 12, la République souffre
2012 / 17, elle s'effondre !


L'homme est donc inapte à la fonction, il le prouve chaque jour que dieu fait depuis mai 2007 ; soit ! Mais cela n'est pas le plus important ; ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. La mission qui lui a été confiée est bien de dynamiter notre modèle original d'organisation. Il s'est donc attaqué, à l'aide de ses sbires, conscients ou inconscients des enjeux, à la République Française en ruinant sournoisement ses soubassements.

Fracturant, divisant, montrant du doigt (et on en voit encore les scories dans l'utilisation éhontée du binôme insécurité/islamisme dans cette présidentielle), le bonhomme sait bien tous les effets pervers qu'une telle attitude peut avoir sur le sentiment d'unité nationale et sur ce superbe mot de fraternité qui orne le fronton de nos édifices publics. Une nation s'éparpillant en chapelles irréductibles est un pays fragilisé, incapable de réactions face aux dangers et peu à-même de trouver en elle les ressorts du renouveau.

Bousculant les conventions sous couvert d'un changement porteur de "rupture", il n'a pas hésité à détricoter le maillage de notre unité nationale. La fainéantise est toujours du côté des assistés, les chômeuses et chômeurs, les immigré(e)s qui viennent ruiner notre Sécurité Sociale. L'incompétence vient s'accrocher aux basques des fonctionnaires qui ne seraient là que pour vivre aux crochets d'un secteur privé productif et efficace, à celles des magistrats qui viendraient défaire volontairement ce que les policiers ont eu tant de mal à élaborer, des enseignants qui n'auraient plus cette autorité morale dont seraient dépositaires les seuls hommes d'église (catholique bien entendu), etc.

Cette entreprise de casse systématique des valeurs de la société France se retrouve aussi dans la gestion totalement aberrante des deniers publics ! Ouvrant ce quinquennat par les cadeaux fiscaux les plus exorbitants pour les déjà fort bien nantis (près que quart du patrimoine est détenu en France par 1% des ménages les plus riches…), les marges de manœuvres budgétaires furent réduites à la portion congrue lorsque la crise fut venue. Mais l'affreux n'en a cure : tel un Ronald Reagan assénant "l'Etat n'est pas la solution, c'est le problème", toutes les attitudes du supposé chef de l'Etat ont consisté à charger "la mule" (endettement public record de 1.700 milliards, déficit chronique des budgets et des balances commerciales) afin d'accréditer l'idée qu'effectivement le problème c'est l'Etat !

Les services publics ont été constamment, consciemment et considérablement gênés dans leur fonctionnement avec des budgets revus à la baisse, les effectifs suivant la même pente, des bouleversements imposés à la hussarde sans concertation ni préparation (réformes de la carte judiciaire, des retraites, etc.), des réglementations tatillonnes provenant de la Commission de Bruxelles via la RGPP (révision générale des politiques publiques), des contraintes tarifaires orthogonales à l'idée même d'intérêt général (tarification à l'activité à l'hôpital).

Tout a été fait pour installer le "bordel" avec, en arrière-plan, et ce devrait être la seconde partie du plan, celle qui sera mise en œuvre de 2012 à 2017, l'imposition au pays de cette doxa qui a pourtant fait preuve de son inefficacité : transférer au privé ce que le public ne peut plus faire (et pour cause, avec rien on ne peut pas faire grand-chose…) ! C'est l'objectif inavoué mais bien réel de l'horizon 2017.

Le second quinquennat sera donc celui de la privatisation de tout ce qui peut encore l'être dans l'hexagone (santé, retraite, éducation, etc.) et la poursuite de cette société de précarité dans laquelle une infime partie pompe outrageusement les richesses créées par le plus grand nombre. C'est un retour à l'Ancien régime qui nous est destiné avec son aristocratie financière, ses apanages et baronnies et l'immense population des serfs, taillables et corvéables à merci, nourrie à coups de matchs de foot et d'émissions de télé-réalités bien abrutissants. Comme le disait feu Coluche : nous serons tous égaux, mais certains le seront plus que d'autres… L'intérêt général cède le pas aux intérêts très particuliers de l'oligarchie ; la Res publica glisse vers la res privata.

En 2007, Nicolas Sarkozy voulait introduire le système de notation des éminences ministérielles (aussi vite évoquée, aussi vite oubliée) avec le sinistre Eric Besson dans le rôle du surveillant général : remettons à l'honneur ce passage à la toise. Pour l'actuel locataire du 55, la seule note qui vaille c'est le zéro pointé : c'est, encore, une liberté dont on peut se prévaloir et qu'il nous faut exercer avec sagacité !

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